Le chantier

Expo ZH2O - Syrie

Durant sept semaines, les artisans des norias de Hama ont monté la roue sur un aqueduc étranger. Ce voyage de quinze hamaouites qui n'avaient jamais quitté leur ville, jamais pris l'avion, jamais passé une frontière, ce voyage-là, autant que la réalisation de la noria, était au coeur de l'oeuvre en tant qu'expérience et démonstration des possibles ouvertures, liens et échanges quel'on peut créer entre les peuples pour le bénéfice de tous.

Il s'agissait aussi d'un rêve que Marion Coudert et Nicolas Camoisson avaient fait naître dans l'esprit des artisans au fur et à mesure de leur amitié, l'enrichissant et le rendant plus concret à chacune de leur venue en Syrie. L'objectif premier du projet "Norias" en 2002 était d'impulser la protection des norias au Patrimoine de l'Unesco avec, comme levier, une exposition et un ouvrage présentés en Europe.

Ce rêve, devenu une réalité différente à l'obtention du concours par les artistes, était aussi une prise de risque : comment les artisans allaient-ils percevoir l'Occident à travers le filtre d'une exposition internationale, dans l'euphorie tant médiatique que financière où se trouvait, à ce moment-là, la ville de Zaragoza ? Que retiendront-ils des hommes et des femmes rencontrés ici au cours de ce voyage ? Comment vivront-ils leur propre étrangeté ? Comment intégreront-ils des conditions de travail et de sécurité si éloignées de leur quotidien ? Aventure hors du commun, parfois dure, toujours dense, traversée sans filets d'une inconnue à écrire, ce voyage-chantier a eu pour principes le dépassement pour aboutir et l'ouverture à l'autre.

La noria al Salam en cours de montage dans le parc fluvial de l'Exposition Internationale de Zaragoza 2008, printemps 2008.