Marion Coudert
écrivain/ scénographe

Ecrivain et scénographe française née en 1971.

Un mouvement… En fixant les étapes de la trajectoire, on aperçoit un carrefour puis deux chemins qui se relient, se croisent, se déploient ensemble, s’éloignent et se retrouvent toujours.

Chemin I.
Il sillonne l’espace de l’écriture, l’arpente et le questionne. La main extrait alors du paysage l’image essentielle, celle qui peut, sans obstacle, côtoyer le pays de la première fois, et franchir les territoires solitaires où l’imaginaire, l’intime et l’universel s’ancrent et se régénèrent. Puis creuser dans les ombres du chemin pour trouver le lecteur. Il se tiendrait debout, dans l’attente. Pour lui, mettre en scène la lecture. Surprise, offrande, halte imprévue qui le ramène à lui, à sa traversée de la nuit, à la présence de la lumière. Ecriture irriguée de matière, c’est une histoire de main, de toucherdiscussion avec un matériau solide, fluide, brut, opaque, transparent, léger, présent, courbe et raide, oppressant et discret.

Chemin 2.
Il regarde vers l’Orient, l’Orient multiple. Vers les Orients. Ceux qui s’écrivent dans la foisonnante littérature francophone qu’elle traverse, affronte, embrasse. Ceux qui s’emmêlent dans les entraves de l’identité libanaise, ces Orients mêlés des religions et des rites, des communautés et des clans. Ceux qui s’enracinent et se dévoilent dans les silences du désert syrien. Ceux d’un petit peuple pétri de poésie, travailleur et courageux, fragile aussi, dans l’attente. Ceux enfin des paysages qui ne finissent jamais de grandir et d’être ce qu’ils sont malgré les guerres, les violences du béton, la perte des mémoires.

Ces deux chemins s’accordent pour former une voix.

Nicolas Camoisson
photographe/ dessinateur

Photographe, cameraman et dessinateur français né en 1974.

Au départ, il y a un château, improbable et éphémère, rêve fou de parents traçant des courbes funambules entre Orient et Occident. Et une enfance à chevaucher entre les grands arbres des bois dans les gris paysages des bords de l’Yonne en France.

Et puis, à dix ans, plus de château ni de forêt mais les Orients, proche et moyen, dans toutes les nuances. Autre chevauchée qui s’écrit dans des espaces inconnus, souvent opposés et toujours denses. Des hôtels miteux des quartiers pauvres de Damas aux réceptions grandioses des ambassades occidentales en Syrie, des tentes ouvertes à tous les vents des tribus bédouines aux salons feutrés de grandes personnalités politiques et religieuses de la région, ses yeux d’enfants engrangent mille images.

Et en grandissant, filmer puis photographier s’impose comme une extension logique à ses marches. Capturer dans ses images les regards sombres des chefs Druzes de Syrie, filmer sans relâche les rites complexes des grecs orthodoxes dans la pénombre chargée de leurs églises, saisir comme on dessine la fougue d’un pur sang arabe, s’immerger dans le panel pastel et profond de Petra la magique, poursuivre la vie suspendue dans un souffle de guerre dans la vieille gare de Beyrouth aujourd’hui disparue, être au plus près de ses amis d’Orient, seconde famille quels qu’en soient le dieu et le drapeau.